LE DÉPISTAGE DES CANCERS : UNE DÉMARCHE DE SANTÉ PUBLIQUE BASÉE SUR L’ÉTHIQUE COLLECTIVE
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https://doi.org/10.3917/dsso.061.0046Mots-clés:
Cancer, Dépistage, Santé publique, Cadre éthique.Résumé
Le dépistage d’un cancer est une démarche de santé publique qui s’adresse à l’ensemble d’une population dont plus de 90% des individus ne sont pas atteints de ce cancer. Son objectif est collectif : réduire, dans la population visée, la mortalité due à cette maladie, en identifiant par un test les personnes qui, bien que sans symptôme, sont atteintes de cette pathologie, sans toutefois créer de nuisance à cette population. Le bénéfice individuel de la démarche ne peut être identifié avec certitude.
De ce fait, le dépistage s’appuie sur des règles d’éthique collective différentes de celles de la médecine curative fondées elles sur le colloque singulier médecin-patient. Les finalités de santé publique sont guidées par les valeurs éthiques telles que la bienfaisance et la non-malfaisance, la justice et l’autonomie, la solidarité et l’universalité.
Dans ce cadre, la responsabilité des pouvoirs publics est engagée puisque c’est à leur initiative seule que peut se faire une telle investigation sur des personnes qui ne demandent rien. La base éthique pour la mise en place de tels programmes a été proposé par Wilson et Jünger pour l’Organisation Mondiale de la Santé et sont applicables quel que soit le pays. Ainsi la décision de mise en place d’un programme de dépistage des cancers, outre la nécessité que l’efficacité du dépistage ait été démontrée par des études scientifiques, repose pour chaque pays d’étudier, a minima, les 5 points suivants :
1. Quels sont les cancers qui nécessitent un tel programme, et pour quelle population ?
2. Quels sont les moyens humains et matériels nécessaires permettant de maximiser les bénéfices et de réduire au minimum les effets néfastes sans créer d’inégalité ?
3. Le système de santé et les dépenses de santé le permettent-ils ? Quelque soit le système de santé l’implantation d’un programme de dépistage est couteux, ne permet pas d’économie et nécessite une permanence de maintenance.
4. Comment assurer l’adéquation des informations diffusées aux divers groupes socioculturels et garantir ainsi l’autonomie de décision de chacun ? Dans un tel contexte d’incertitude sur le bénéfice individuel, le challenge de l’information loyale et exhaustive est posé.
5. Quels moyens d’évaluation et quels processus de correction du programme mettre en place ? Les données permettant d’établir la balance entre les bénéfices et les risques ne sont connus et gérables que dans le cadre d’un programme organisé. De plus cette balance risque/efficience doit être estimée régulièrement car elle se modifie au fur et à mesure des acquis médicaux, ou de modifications épidémiologiques, ce qui, en conséquence, doit entrainer une interrogation régulière sur les programmes en cours et une mise en place des ajustements rapides adaptés.

